Chapitre 11. Interrogations (Part. 1)

Ce fut CNN qui lâcha le scoop.
    J’étais content d’avoir la nouvelle avant de partir pour le lycée, anxieux d’entendre ce que les humains allaient dire à ce sujet, et quelles proportions cela prendrait.
    Heureusement, l’actualité était chargée aujourd’hui. Il y avait eu un tremblement de terre en Amérique latine, et un kidnapping politique au Moyen-Orient. La nouvelle ne prit donc que quelques secondes, quelques phrases, et une bien piètre photo.
    - Alonzo Calderas Wallace, violeur et tueur en série présumé, recherché dans les états du Texas et de l’Oklahoma, a été appréhendé la nuit dernière à Portland, dans l’Oregon, grâce à un témoignage anonyme. Wallace a été retrouvé inconscient, dans une allée, tôt ce matin, à quelques pas du commissariat de police. Les autorités sont pour le moment incapables de dire s'il sera extradé vers Houston ou Oklahoma City pour son procès.
    La photo était floue, une pièce d’identité judiciaire, il avait une épaisse barbe ou moment où elle avait été prise. Même si Bella l’avait vu, elle ne pourrait probablement pas le reconnaître. J'espérai qu’elle ne le reconnaîtrait pas ; cela ne ferait que l’effrayer inutilement.
    - La couverture de cet évènement ici va être très faible. C’est trop loin pour être considéré d'intérêt local, me dit Alice. Tu as eu raison de laisser Carlisle l’emmener en dehors de l’état.
    J'acquiesçai. Bella ne regardait pas beaucoup la télévision de toute façon, et je n’avais jamais vu son père regarder autre chose que des chaînes de sports.
    J’avais fait ce que j’avais pu. Ce monstre ne chassait plus, et je n’étais pas un meurtrier. Pas récemment en tout cas. J’avais eu raison d’avoir confiance en Carlisle, même si j’aurais préféré que ce monstre ne s’en tire pas à si bon compte. Je me surpris à espérer que l’extradition se fasse au Texas, où la peine de mort était si populaire...

    Non. Cela n’avait pas d’importance. J’allais laisser ça derrière moi, et me concentrer sur ce qui importait.
    J’avais quitté la chambre de Bella voilà moins d'une heure. Je mourais déjà d’envie de la revoir.
    - Alice, ça ne te dérange pas si…
 
    Elle m'interrompit.
    - Rosalie m'emmènera. Elle va faire comme si elle était énervée, mais tu sais à quel point elle adore trouver des excuses pour montrer sa voiture.
    Alice rit. Je lui adressai un grand sourire.
    - Je te vois au lycée.
    Alice soupira, et mon sourire se transforma en grimace.
    Je sais, je sais, pensa-t-elle. Pas encore. J'attendrai que tu sois prêt à ce que Bella me rencontre. Tu devrais savoir, pourtant, ce n’est pas du pur égoïsme de ma part. Bella va m’aimer aussi.
    Je ne lui répondis pas puisque je me précipitais vers la porte. Il y avait une autre façon de voir cette situation. Bella voudrait-elle rencontrer Alice ? Avoir un vampire comme amie ?
    Connaissant Bella... cette idée ne la dérangerait pas le moins du monde.

    Je fronçai les sourcils pour moi-même. Ce que Bella voulait et ce qui était bon pour elle étaient deux choses complètement différentes.
    Je commençai à me sentir agité en me garant dans l’allée devant chez Bella. L’adage humain voulait que les choses aient l’air différent le matin – qu'elles changeaient après une bonne nuit de sommeil. Apparaîtrais-je différent aux yeux de Bella dans la faible lumière de ce jour embrumé ? Plus sinistre ou moins sinistre que je l’étais dans la noirceur de la nuit ? La vérité l’avait-elle imprégnée durant son sommeil ? Serait-elle enfin effrayée ?

    Pourtant, ses rêves avaient été paisibles, la nuit dernière. Quand elle avait prononcé mon nom, encore et encore, elle avait souri. Plus d’une fois dans ses murmures elle avait supplié que je reste. Cela ne signifierait-il plus rien aujourd'hui ?
 
    J'attendis nerveusement, écoutant les bruits qu'elle produisait dans la maison - les pas rapides déboulant l’escalier, le papier aluminium arraché rapidement, les choses dans le réfrigérateur s'entrechoquant à l'ouverture de la porte. À l’entendre, elle semblait en retard. Impatiente de retourner à l’école ? Cette pensée me fit sourire, plein d’espoir une nouvelle fois.
    Je regardai l’heure. Je supposai – en tenant compte de la vélocité de sa camionnette délabrée – qu’elle était effectivement en retard.

    Bella se précipita hors de la maison, le sac lui tombant de l’épaule, les cheveux complètement emmêlés. Le gros pull vert qu’elle arborait ne l'empêchait pas de rentrer les épaules sous l’effet produit par le froid.
    Le long pull était trop grand pour elle. Peu flatteur. Cela cachait sa fine silhouette, réduisant ses courbes délicates et ses doux traits à un fouillis sans forme. J’appréciai cela autant que si elle avait porté quelque chose ressemblant à ce corsage bleu qu’elle avait mis hier soir... Sa coupe avait collé à sa peau d’une façon si attrayante, coupé assez bas pour révéler la façon hypnotique dont ses clavicules se courbaient juste sous le creux sous sa gorge. Le bleu avait coulé comme de l’eau sur les formes subtiles de son corps...

    Il était mieux – essentiel – que je garde mes pensées loin, très loin de ses formes, j’étais donc reconnaissant qu’elle porte ce sweat inapproprié. Je ne pouvais plus me permettre de faire d'erreurs, et ce serait une erreur monumentale que de m’attarder sur la faim étrange que le pensée de ses lèvres... sa peau...son corps... faisait vibrer en moi. Faim qui s’était esquivée voilà cent ans. Mais je ne pouvais pas me permettre de penser à la toucher, parce que c’était impossible.
    Je la briserais.
    Bella se détourna de la porte, si vite qu’elle faillit rentrer dans ma voiture sans même la remarquer.
    Puis, elle s'arrêta, les genoux verrouillés sous l’effet de la surprise. Son sac descendit un peu plus le long de son bras, et ses yeux s'écarquillèrent, concentrés sur la voiture.
    Je sortis, ne me forçant pas à bouger à une vitesse humaine, et lui ouvris la porte côté passager. J’allais essayer de ne plus la décevoir – quand nous étions seuls, du moins, je serais moi-même.

    Elle me regarda, surprise de nouveau comme si je venais de me matérialiser dans un rideau de fumée. Puis la surprise dans ses yeux se changea en quelque chose d’autre, et je n’eus plus peur – je n'espérai plus non  plus – que ses sentiments envers moi aient changé au cours de la nuit. Chaleur, fascination, émerveillement, tout cela nageait dans le chocolat fondu de ses yeux.

    - Veux-tu que je t’emmène ? dis-je.
    Contrairement au dîner, je la laisserais choisir. A partir de maintenant, elle devrait toujours avoir le choix.

    - Oui, merci, murmura-t-elle, grimpant dans la voiture sans hésiter.
    Cela cesserait-il un jour de me faire frissonner de plaisir, de savoir que j’étais celui à qui elle disait oui ? J’en doutais.

    Je montai dans la voiture en un clin d’œil, pressé de la rejoindre. Elle ne montra aucun signe de choc face à ma réapparition soudaine.
    Le bonheur que je ressentis quad elle s'assit près de moi n’avait pas de précédent. Même si j’appréciais l’amour et la compagnie de ma famille, malgré toutes les distractions et divertissement que le monde avait à offrir, je n’avais jamais été heureux à ce point. Même le fait de savoir que c’était mal, que cela ne pourrait que mal finir, ne put m'empêcher de sourire plus longtemps.

    Ma veste était pliée sur l’appui tête au dessus de son lit. Je la vis y jeter un coup d’œil.

    - J’ai rapporté la veste pour toi, lui dis-je.
    C’était mon excuse, si j'avais eu besoin d’en inventer une, pour me pointer ce matin sans être invité. Il faisait froid. Elle n’avait pas de manteau. C’était sûrement une forme acceptable de galanterie.
    - Je ne voulais pas que tu tombes malade ou quoi que ce soit.

    - Je ne suis pas si fragile,
dit-elle, fixant mon torse plutôt que mon visage, comme si elle hésitait à rencontrer mes yeux.
    Mais elle mit le blouson avant que je ne recoure au commandement ou à la flatterie.
    - Vraiment ? murmurai-je, plus pour moi que pour elle.
    Elle fixa la route tandis que j’accélérais vers le lycée. Je ne pus supporter le silence que quelques secondes. Je devais savoir vers quoi se dirigeaient ses pensées ce matin. Tellement de choses avaient changé entre nous depuis la dernière fois que le soleil avait été présent.
    - Quoi ? Aucune question aujourd’hui ? demandai-je, le ton léger.

    Elle sourit, semblant heureuse que je lance le sujet.
    - Est-ce que mes questions te dérangent ?

    - Pas autant que tes réactions,
lui dis-je honnêtement, souriant pour répondre à son sourire.

    Le sien se perdit.
    - Je réagis mal ?

    - Non, c’est le problème. Tu prends tout de façon tellement détendue – ce n’est pas naturel.

    Pas un seul cri jusqu’à présent. Comment était-ce possible ?
    - Je me demande juste ce que tu penses vraiment.
    Bien sûr, je me posais toujours cette question, quoi qu’elle fasse ou ne fasse pas.
    - Je te dis toujours ce que je pense vraiment.
    - Tu éludes.

    Ses dents se pressèrent sur ses lèvres une nouvelle fois. Elle ne semblait pas remarquer qu’elle faisait cela - c’était une réponse inconsciente à la tension.
    - Pas tant que ca.
    Ces simples mots suffirent à enflammer ma curiosité. Quelle information retenait-elle intentionnellement ?
    - Assez pour me rendre fou, dis-je.

    Elle hésitait puis soupira.
     - Tu ne veux pas le savoir.
    Je dus réfléchir un moment, repasser toute notre conversation de la nuit dernière, mot par mot, avant que la connexion ne se fasse. Peut-être que cela me prit trop de concentration car je ne pouvais pas imaginer une seule chose que je n’eus pas voulu qu’elle me dise. Et puis - car le ton de sa voix était le même que la nuit dernière; soudainement une douleur y était apparue - je me souvins. Une fois je lui avais demandé de ne pas exprimer ses pensées. "Ne redis jamais ça." Je l’avais surprise. Je l’avais fait pleurer...

    Était-ce ce qu’elle refusait de me dire ? La profondeur de ses sentiments pour moi ? Que le fait que je sois un monstre lui importait peu, et qu’il était trop tard pour qu’elle change d’avis ?

    J’étais incapable de parler, parce que la joie et la douleur étaient trop fortes pour être exprimées avec des mots, le conflit entre eux était trop violent pour permettre une réponse cohérente. Le silence s’installa dans la voiture, excepté pour les rythmes égaux de sa respiration et des battements de son cœur.
    - Où est le reste de ta famille ? demanda-t-elle soudainement.
    Je pris une profonde inspiration - enregistrant le parfum dans la voiture sans véritable douleur pour la première fois ; je m’y habituais, réalisai-je avec satisfaction - me forçant à être décontracté une nouvelle fois.
    - Ils ont pris la voiture de Rosalie.
     Je me garai sur une place libre, juste à côté de la voiture en question. Je cachai mon sourire quand je vis ses yeux grands ouverts.
     - Ostentatoire, n’est ce pas ?

    - Hmm, wow. Si elle a ça, pourquoi est-ce qu’elle monte en voiture avec toi ?
    Rosalie aurait apprécié la réaction de Bella... si elle avait été objective avec Bella, ce qui n’arriverait probablement pas.

    - Comme je l’ai dit, c’est ostentatoire. Nous essayons de passer inaperçus.
    - C'est raté,
dit-elle, puis elle rit timidement.
    Le son insouciant, paisible de son rire me réchauffa le cœur même si ma tête se remplissait de doutes.
    - Alors pourquoi Rosalie se conduit-elle de façon si ostentatoire ? demanda-t-elle.
    - Tu n’as pas remarqué ? J’enfreins toutes les règles maintenant.
 
    Ma réponse aurait du être légèrement effrayante – et bien sûr Bella y sourit.
    
    Elle n’attendit pas que je lui ouvre la porte, comme la nuit dernière. Je devais feindre la normalité à l’école - donc je ne pouvais pas marcher assez vite pour empêcher ça - mais elle allait devoir s’habituer à être traiter avec plus de courtoisie, et vite.
    Je marchai aussi près d’elle que je l’osai, guettant consciencieusement le moindre signe démontrant que ma proximité la gênait. Deux fois sa main tressauta dans ma direction, puis elle la retint. C’est comme si elle voulait me toucher... ma respiration s'accéléra.
    - Pourquoi avez-vous de telles voitures? Si vous voulez passer inaperçus? demanda-t-elle en marchant.

    - C’est un péché mignon, admis-je. Nous aimons conduire vite.
    - J’avais compris, marmonna-t-elle, le ton amer.

    Elle ne leva pas les yeux pour voir mon sourire.

    Oh non ! Je ne peux pas y croire. Comment Bella a-t-elle fait ? Je ne comprends pas ! Pourquoi ?
    Les hésitations mentales de Jessica interrompirent mes pensées. Elle attendait Bella, à l’abri de la pluie, sous le toit de la cafétéria, avec le manteau d’hiver de Bella sur le bras. Ses yeux étaient grands ouverts d’incrédulité.

    Bella la remarqua, elle aussi, l’instant d'après. La joue de Bella vira légèrement au rose lorsqu’elle remarqua l’expression de Jessica. Les pensées de Jessica se dessinaient très bien sur son visage.
    - Hey Jessica. Merci de t’en être souvenue, la remercia Bella. Elle attrapa la veste que Jessica lui tendait, muette.
    Je devrai être poli envers les amis de Bella, qu’ils soient de bons ou de mauvais amis.
     - Bonjour Jessica.
 
    Whoa...
    Les yeux de Jessica s'écarquillèrent encore un peu plus. C’était bizarre et amusant... et honnêtement un peu embarrassant... de réaliser à quel point la proximité de Bella m’avait adouci. Il semblait que plus personne n’avait peur de moi. Si Emmett s’en rendait compte, il en rirait durant au moins cent ans.

    - Euh...salut, marmonna Jessica, les yeux rivés sur le visage de Bella, plein de signification. Je pense qu'on se voit en maths.

    Toi, tu vas cracher le morceau. Tu vas y passer. Des détails. Je dois avoir les détails. Edward CULLEN, nom de Dieu ! La vie est tellement injuste.
    La bouche de Bella se tordit.
     - Oui, on se voit là-bas.
    Les pensées de Jessica s’agitèrent tandis qu’elle entrait dans son premier cours, nous jetant des regards furtifs de temps en temps.
    Toute l’histoire. Je n'accepterai rien de moins. Est-ce qu’ils avaient prévu de se retrouver hier soir ? Est-ce qu’ils sortent ensemble ? Depuis combien de temps ? Comment a-t-elle pu garder ça secret ? Pourquoi voudrait-elle le garder secret ? Ça ne peut pas être un truc de passage - elle doit être à fond sur lui. Y’a-t-il une autre option? Je vais le savoir. Je ne peux pas ne pas savoir. Je me demande s'ils l’ont déjà fait? Oh mon Dieu... Les pensées de Jessica disjonctèrent soudain, et elle laissa des fantasmes sans nom tourbillonner dans sa tête. Je grimaçai devant ses spéculations, et pas seulement parce qu’elle s’était mise à la place de Bella dans ces images mentales.
    Je ne pouvais pas être comme ça. Et pourtant je... je voulais...
 
     Je résistai devant cette idée. De combien de mauvaises manières voulais-je Bella ? Laquelle finirait par la tuer ?
 
    Je secouai la tête, essayant de l'éclaircir.
    - Que vas-tu lui dire ? demandai-je à Bella.

    - Hé ! murmura-t-elle férocement. Je pensais que tu ne pouvais pas lire dans mon esprit!
 
    - Je ne peux pas.

     Je la fixai, surprise, essayant de comprendre le sens de mes paroles. Ah - nous avions dû penser la même chose au même moment. Hmmm... J’aimais plutôt ça.
     - Toutefois, lui dis-je, je peux lire dans le sien - elle attendra pour te tendre une embuscade en classe.
    Bella grogna, puis laissa la veste lui tomber des épaules. Je n’avais pas réalisé qu’elle me la rendait au début - je ne lui aurais pas demandé de le faire ; j’aurais préféré qu’elle la garde... comme un symbole - je fus donc trop lent à lui proposer mon aide. Elle me tendit la veste, puis glissa ses bras dans la sienne, sans même regarder mes mains tendues pour l’aider. Je fronçai les sourcils, puis contrôlai mon expression avant qu’elle ne s’en aperçoive.
 
    - Alors, que vas-tu lui dire ? la pressai-je.
 
    - Un petit coup de main ? Qu’est-ce qu’elle veut savoir ?
    Je souris, secouant la tête. Je voulais savoir ce qu’elle pensait sans avoir à lui souffler la réponse.
     - Ce n’est pas juste.
 
    Ses yeux se plissèrent.
     - Non, c'est le fait que tu ne partages pas ce que tu sais qui est injuste.
    Bien sûr - elle n’aimait pas qu’il y ait deux poids deux mesures.
    Nous arrivions à la porte de sa salle de cours - où je devrais la laisser ; je me demandai machinalement si Mme Cope serait plus accommodante pour faire un échange d’emploi du temps durant mon heure d’anglais... Je me concentrai. Je pouvais être juste.
    - Elle veut savoir si nous sortons secrètement ensemble, dis-je lentement. Et elle veut savoir ce que tu ressens pour moi.
 
    Ses yeux étaient grands ouverts - pas surpris, mais faussement innocents à présent. Ils étaient grand ouverts pour moi, lisibles. Elle jouait les ingénues.

    - Zut, murmura-t-elle. Comment pourrais-je qualifier notre relation ?
 
    - Hmm.

     Elle essayait toujours de me faire dire plus que ce que je voulais. Je pondérai ma réponse.

    Une mèche volage de ses cheveux, légèrement humide à cause du brouillard, tomba sur son épaule, et s’enroula là ou sa clavicule était caché par ce sweater ridicule. Elle entraîna mes yeux... bien au-delà des autres courbes cachées...
 
    Je l’attrapai précautionneusement, sans toucher sa peau - ce matin était déjà assez frisquet sans que je ne la touche - et la remis en place dans son chignon désordonné pour ne plus qu’il me distraie. Je me souvins du jour où Mike Newton avait touché ses cheveux, et mes mâchoires se serrèrent à ce souvenir. Elle l’avait repoussé. Sa réaction à présent n’avait rien de comparable ; à la place, ses yeux s'ouvrirent légèrement plus, le sang afflua sous sa peau, et soudain, son cœur eut un raté.
    J’essayai de cacher mon sourire en répondant à sa question.

    - Je suppose que tu pourrais répondre oui à la première question... si ça ne te dérange pas - le choix, je devais toujours lui laisser le choix - ce sera plus facile que n’importe quelle explication.
 
    - Ça ne me dérange pas,
murmura-t-elle ; son cœur n’avait pas encore retrouvé son rythme normal.

      - Et pour l’autre question...
     Je ne pouvais plus cacher mon sourire à présent.
     - Eh bien, j’écouterai la réponse à celle-ci moi même.
 
    Voyons ce que Bella allait faire de ça. Je retins mon rire en voyant le choc apparaître sur son visage.
    Je me tournai rapidement, avant qu’elle ne me pose d’autres questions. J’avais eu du mal à ne pas lui donner ce qu’elle m’avait demandé. Et je voulais entendre ses pensées, pas les miennes.
    - Je te vois à la cafétéria, lui lançai-je par dessus mon épaule, en excuse pour voir si elle me fixait toujours, les yeux grands ouverts. Sa bouche aussi était grande ouverte. Je me retournai de nouveau et ris.
    En m'éloignant, j’avais vaguement conscience du choc et des pensées qui tourbillonnaient autour de moi - des yeux sautillant entre le visage de Bella et ma silhouette qui s’éloignait. Je leur accordai peu d’attention. Je ne pouvais pas me concentrer. C’était assez dur de faire bouger mes pieds à une vitesse acceptable en traversant la pelouse détrempée vers ma prochaine classe. Je voulais courir - vraiment courir, tellement vite que je disparaîtrais, tellement vite que j’aurais l’impression de voler. Une part de moi volait déjà.

    Je mis la veste en arrivant en classe, laissant son parfum flotter autour de moi. J’allais brûler - laisser l’odeur me désensibiliser - puis il serait plus facile de l’ignorer plus tard, quand je serais de nouveau avec elle au déjeuner...
 
    C’était une bonne chose que les professeurs ne cherchent même plus à m’interroger. Aujourd’hui aurait été le jour où ils m’auraient attrapé, non préparé et sans réponse. Mon esprit était si dissipé ce matin ; mon corps seulement se trouvait en classe.
    Bien sûr, je regardai Bella. Cela me devenait naturel - aussi automatique que de respirer. J’entendis la conversation qu’elle eut avec un Mike Newton complètement démoralisé. Rapidement, elle dirigea la conversation sur Jessica, et je souris tellement que Rob Sawyer, assis à la table juste à ma droite, tressaillit visiblement et s'enfonça un peu plus dans sa chaise, loin de moi.
    Ugh. Horrible.
    Eh bien, je n’avais pas complètement perdu la main.

    J’avais aussi mis Jessica sous surveillance distraite, la regardant peaufiner ses questions pour Bella. Je ne pouvais plus attendre d’être au déjeuner, dix fois plus désireux et anxieux que cette fille humaine curieuse de se procurer de nouveaux potins.

    Et j’écoutais aussi Angela Weber.

    Je n’avais pas oublié la gratitude que je ressentais pour elle - pour ne penser que du bien de Bella, en premier lieu, et pour m’avoir aidé la nuit dernière. Je patientai donc toute la matinée, cherchant quelque chose qu’elle désirait. Je pensais que ce serait facile ; comme tous les autres humains, il y avait bien une babiole ou un jouet qu’elle voulait en particulier. Plusieurs peut-être. Je lui livrerais quelque chose, anonymement, et nous serions quittes.
    Mais Angela se révéla aussi peu accommodante que Bella dans ses pensées. Elle était étrangement épanouie pour une adolescente. Heureuse. Peut-être était-ce la raison de son inhabituelle gentillesse - elle faisait partie de ces rares personnes qui ont ce qu’elles veulent et veulent ce qu’elles ont. Si elle ne prêtait pas attention aux professeurs, et à ses notes, elle pensait à ses deux petits frères jumeaux qu’elle emmènerait à la plage ce week-end - anticipant leur excitation comme une mère. Elle s’occupait d’eux souvent, mais ne s’en plaignait pas... c’était très gentil de sa part.

    Mais ça ne m’aidait pas beaucoup.

    Il devait bien y avoir quelque chose qu’elle désirait. Je devrais seulement continuer à guetter. Mais plus tard. C’était l’heure de maths pour Bella et Jessica.
 
     Je ne regardai même plus ou j’allais en me rendant en cours d’anglais. Jessica était déjà assise, ses deux pieds tapant impatiemment contre le sol en attendant que Bella arrive.
 
    Inversement, une fois que je fus assis sur ma chaise, je devins parfaitement immobile. Je dus me souvenir de gesticuler de temps en temps. Pour sauver les apparences. C’était difficile, mes pensées étaient concentrées sur Jessica. J'espérai qu’elle prêterait attention à Bella, essayant de déchiffrer ses expressions pour moi.
 
    Les battements de pieds de Jessica s’intensifièrent quand Bella entra dans la pièce.
    Elle a l’air... morose. Pourquoi ? Peut-être qu’il ne se passe rien avec Edward Cullen. Ce serait une déception. Sauf si... alors il serait libre... S'il est soudainement intéressé pour sortir avec quelqu’un. Ça ne me dérange pas de dépanner.
    Le visage de Bella ne paraissait pas morose, mais plutôt réticent. Elle était inquiète - elle savait que j’écouterais tout. Je me souris à moi-même.

    - Dis-moi tout ! demanda Jessica alors que Bella enlevait encore sa veste pour la pendre sur le dos de sa chaise. Elle bougeait avec mesure, de mauvaise grâce.

    Oh, elle est tellement lente. Allons directement au plus juteux!
    - Que veux-tu savoir ? temporisa Bella en prenant place.
    - Que s’est-il passé hier soir ?
 
    - Il m’a emmenée dîner, puis il m’a ramenée à la maison.

    Et après ? Allez quoi, il doit bien y avoir plus que ça ! De toute façon, elle ment, je le sais. Je vais lui faire cracher le morceau.
 
    - Comment es-tu arrivée chez toi si vite ?
    Je regardai Bella rouler les yeux devant la suspicion de Jessica.

    - Il conduit comme un dingue. C’était terrifiant.
    Elle fit un petit sourire, et je ris à haute voix, interrompant les annonces de M. Mason. J’essayai de transformer mon rire en toux, mais personne ne s’y laissa prendre. J’écoutai Jessica.

    Huh. On dirait qu’elle dit la vérité. Pourquoi est-ce qu’elle me fait lui tirer les vers du nez ? Je serais en train de hurler à m’en faire exploser les poumons si j’étais elle.
    - Est ce que c’était un rendez-vous - tu lui as demandé de te retrouver là-bas ?
    Jessica remarqua la surprise s’inscrire sur le visage de Bella, et fut déçue de la sincérité que cela dégageait.
    - Non - j’ai été très surprise de la voir là-bas, lui dit Bella.

    Qu’est ce qu’il se passe?
    - Mais il t’a emmené à l’école, aujourd’hui ? Il doit sûrement y avoir plus derrière cette histoire.
    - Oui - c’était une surprise aussi. Il a remarqué que je n’avais pas ma veste hier soir.
    Ce n’est pas très drôle, pensa Jessica, déçue une fois de plus.
    J’étais fatigué de sa suspicion - je voulais entendre quelque chose que je ne savais pas déjà. J'espérai qu’elle ne serait pas trop mécontente, et qu’elle continuerait à lui poser les questions que j'attendais.
    - Alors, est-ce que vous allez ressortir ensemble ? demanda Jessica.
    - Il a proposé de me conduire à Seattle ce week-end car il pense que ma camionnette ne fonctionne pas très bien – est-ce que ça compte ?
 
    Hmm. Il essaye sûrement de... eh bien s’occuper d’elle, en quelque sorte. Il doit bien y avoir quelque chose de son côté à lui, si ce n’est celui de Bella. Comment c’est possible ? Bella est folle?
    - Oui, répondit Jessica à la question de Bella.

    - Alors oui, conclut Bella.
 
    - Wow... Edward Cullen. Qu’elle l’aime ou pas, c’est déjà énorme.
    - Je sais, soupira Bella.

    Le ton de sa voix encouragea Jessica. Enfin - elle a l’air de réaliser. Elle doit réaliser...
    - Attends ! dit Jessica se souvenant soudain de sa question la plus vitale. Est-ce qu’il t’a embrassée ? S’il te plaît, dis oui. Puis décris-moi chaque seconde !
 
    - Non, marmonna Bella, puis elle baissa le regarde sur ses mains, le visage défait. Ce n’est pas comme ça entre nous.
 
    Merde. J'espérais... Ha. Elle aussi elle espérait.

    Je fronçai les sourcils. Bella avait l’air contrariée par quelque chose, mais ça ne pouvait pas être de la déception comme Jessica semblait le penser. Elle ne pouvait pas vouloir être aussi près de mes dents. D'après ce qu’elle savait, j’avais des crocs.
    Je frissonnai.

    - Tu penses que samedi... ? encouragea Jessica.
    Bella sembla encore plus frustrée en disant :
    - J’en doute.
 
    Ouais, elle espère. Ça craint pour elle.
    Était-ce parce que je regardais tout cela à travers le filtre des perceptions de Jessica qu’il me semblait qu’elle avait raison ?
    Durant une demi-seconde, je fus distrait par l’idée, l’impossibilité, de ce que ce serait de l’embrasser. Mes lèvres contre ses lèvres, la pierre froide contre la chaleur souple de la soie...

    Puis elle mourrait.

    Je secouai ma tête, grimaçant, et me forçant à prêter attention.

    - De quoi est ce que vous avez parlé ? Est-ce que tu lui as parlé, ou est-ce que tu l’a laissé t'extirper la moindre information comme ça ?
 
    Je souris, piteux. Jessica n’était pas si loin de la vérité.

    - Je ne sais pas, Jess, de pas mal de choses. Nous avons un peu parlé de la disserte d’anglais.
 
    Un tout petit peu. Je souris un peu plus.
    Oh, allez, quoi.
    - S’il te plaît, Bella ! Donne-moi des détails.
 
    Bella délibéra pendant un moment.
    - Eh bien... ok, j’en ai un. Tu aurais dû voir la serveuse flirter avec lui - c’était limite trop. Mais il ne l'a même pas regardée.
    Quel étrange détail à partager. Je fus surpris que Bella l’ait même remarqué. Cela semblait une chose très inconséquente.
    Intéressant...
    - C’est bon signe. Est-ce qu’elle était jolie ?
 
    Hmm. Jessica y pensait plus que je ne l’avais fait. Cela devait être un truc de fille.

    - Très, lui dit Bella. En plus elle avait probablement 19 ou 20 ans.
 
    Jessica fut momentanément distraite par un souvenir de Mike durant leur rendez-vous de lundi soir - Mike avait été un peu trop sympathique avec la serveuse que Jessica ne considérait même pas comme jolie. Elle chassa ce souvenir, et retourna, suffocant d’irritation, à sa quête de détails.
    - Encore mieux. Il doit t’aimer.
 
    - Je pense, dit Bella lentement ; j’étais au bord de mon siège, mon corps rigide et immobile. Mais c’est difficile à dire. Il est tellement énigmatique.
 
    Je n’avais pas du être aussi transparent et hors de contrôle que je ne le pensais. Mais tout de même... aussi observatrice qu’elle... Comment pouvait-elle ne pas réaliser que j’étais amoureux d’elle ? Je fouillai dans notre conversation, presque surpris de ne pas avoir dit ces mots à haute voix. C’était comme si cela avait été un sous-titre à chacun de nos mots ce soir là.
    
    Wow. Comment peut-on s'asseoir en face d'un top model masculin et lui faire la conversation?
    - Je ne sais pas comment tu es assez courageuse pour être seule avec lui, dit Jessica.
    Le choc s’inscrit en un flash sur le visage de Bella.
    - Pourquoi ?
    Réaction bizarre. Qu’est ce qu’elle pense que ça veut dire?
    - Il est tellement... Quel est le mot juste? Intimidant. Je ne saurais pas quoi lui dire. Je n’ai même pas pu lui répondre en anglais aujourd’hui, et tout ce qu’il m’a dit c’était bonjour. J’ai dû passer pour une idiote.
 
    Bella sourit.
    - J’ai quelques problèmes d’incohérence quand il est dans les parages.
 
    Elle devait essayer de rassurer Jessica. Elle était toujours anormalement maîtresse d’elle-même lorsque nous étions ensemble.
    - Oh, eh bien, soupira Jessica. Il est incroyablement magnifique.
 
    Le visage de Bella fut soudainement froid. Ses yeux étincelaient de la même façon que lorsqu’elle ressentait de l’injustice. Jessica ne perçut pas le changement d’expression.
    - Il est bien plus que ça, lança Bella.
    Ooooh. Enfin quelque chose d’intéressant.
    - Vraiment ? Comment ça ?
 
    Bella mordilla ses lèvres pendant un instant.
    - Je ne peux pas vraiment l’expliquer, dit-elle finalement. Mais il n’y a pas que son physique qui est extraordinaire.
    Elle détourna son regard de Jessica, les yeux légèrement distraits alors qu'elle semblait fixer quelque chose de très très loin.

    Le sentiment que je ressentais à présent était presque le même que lorsque Carlisle ou Esmée louaient des mérites que je n’avais pas. Similaire, mais plus intense, plus consumant.

    T’as qu’à le faire croire à quelqu’un d’autre - il n’y a rien de mieux que ce visage. À moins que ce ne soit son corps. Oh.
    - Est-ce que c’est possible ? ricana Jessica.
    Bella ne se tourna pas. Elle continuait à fixer ce point au loin, ignorant Jessica.

    Une personne normale serait en pleine exultation. Peut-être que je devrais lui poser des questions plus simples. Ha ha. Comme si je parlais à un enfant à la garderie.
    - Alors, il te plaît vraiment ?
    J’étais de nouveau rigide.
    Bella ne regarda pas Jessica.
    - Oui.
    - Je veux dire, il te plaît vraiment ?
    - Oui.

    Regardez moi ça, elle rougit.
    - Il te plaît comment ? demanda Jessica.
    La salle d’anglais aurait pu s’enflammer, je ne l’aurais même pas remarqué. Le visage de Bella était rouge vif à présent - je pouvais presque sentir la chaleur émanant de cette image mentale.

    - Trop, murmura-t-elle. Plus que je ne lui plais. Mais je ne sais pas si j’arriverai à changer ça.

    Mince ! Qu’est ce que M. Varner vient juste de me demander ?
    - Hmm… quel numéro, M. Varner ?
 
    Il était bien que Jessica arrête d'interroger Bella. J’avais besoin d’une minute.

    Mais à quoi cette fille pouvait-elle bien penser maintenant ?

Présentation

  • : Midnight Sun - Traduction
  • Midnight Sun - Traduction
  • : Twilight traduction stephenie meyer Midnight sun Littérature
  • : La traduction du cinquième tome de la série Fascination (Twilight) de Stephenie Meyer : Midnight Sun ! Midnight Sun en français, c'est pas beau ça ?? Les chapitres sont juste en dessous, et ne sont pas dans l'ordre. Ceux manquant seront rajoutés sous peu. Certains ont été traduits et corrigés par Sophie, que je remercie énormément au passage. Vous trouverez aussi les Extras et Outtakes, petits cadeaux de Stephenie Meyer, qui sont évidemment traduits. Bonne lecture les mordus.
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